Ecrits ferroviaires d'autrefois. 

   

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Les textes qui vont suivre ne sont pas fruit d'une imagination débordante, mais extraits des archives d'une ancienne Section de la Voie et des Bâtiments dont le siège se situait disons un peu à l'Ouest du Massif Central...
Voici donc ces témoignages du passé.


LE TAFIA

Note No 4130 du Bureau Cenral, émise le 16 Mai 1898...
(précision: de la compagnie du P.O.)

    Un incident récent (agent ivre et devenu fou furieux qu'il a fallu rayer des cadres) semble indiquer qu'on ne tient pas partout la main à ce que le tafia gentiané ne soit utilisé qu'après mélange avec de l'eau dans la proportion réglementaire. Il importe que, pour ce qui concerne le tafia destiné aux équipes d'entretien, les chefs de brigade sachent qu'ils seront rendus responsables de toute infraction de cette prescription.

   Je me demande d'ailleurs et je vous prie d'examiner s'il ne conviendrait pas de remettre aux chefs de brigade seuls et non de répartir entre les agents le tafia pur destiné aux équipes. Chaque chef de brigade porterait au chantier la quantité destinée à la consommation de la journée et veillerait personnellement à ce que le mélange soit fait avant toute distribution. Un chef de brigade, qui aurait distrait une partie du tafia destiné à former la boisson commune, serait très sévèrement puni.

   Quant au tafia destiné aux agents isolés et que l'on ne peut le plus souvent délivrer à l'état de mélange avec de l'eau, les chefs de section et de district doivent, autant qu'il est en leur pouvoir, tenir la main à ce que l'emploi en soit fait suivant qu'il est prescrit et ne pas hésiter à sévir en cas d'abus.

   Ceci m'amène à vous parler de la distribution du tafia aux femmes et enfants. Il semble résulter des circulaires de 1862, 1868 et 1871 que cette distribution doit être limitée aux ménages logés dans les maisonnettes (1/2 litre par femme et enfant au-dessus de sept ans) et là seulement où il y a danger d'insalubrité. On peut d'ailleurs admettre que cette dernière restriction ne s'applique pas aux aides-gardes et sémaphoristes femmes qui, en leur qualité d'agents, recevraient leur quote-part (un demi-litre) même si la localité n'est pas insalubre.

   Je vous prie de me faire connaître avant le 25 Mai si ce sont là les errements suivis dans votre arrondissement et, dans la négative, si vous verriez objection à ce que les règles ci-dessus précisées soient appliquées uniformément à l'avenir.

Et c'est signé: "L'Ingénieur en Chef de la Voie et des Travaux"

Cette note, transmise jusqu'au niveau District, amène de la part de l'un d'eux la réponse suivante:

   Dans le 3ème District la distribution de tafia gentiané se fait, paraît-il (étant ici depuis 1 mois seulement, il va sans dire que je n'ai procédé à aucune distribution) à raison de 1 litre par homme et par mois ou 1/2 litre par femme et par mois. (autrefois on en donnait 1/4 de litre aux enfants, mais cette ration est supprimée depuis q.q. années)

   Je ne vois pas d'un bien bon oeil le mode de distribution préconisé par M. l'Ingénieur en Chef, je crains fort qu'il ait au moins autant d'inconvénient que celui en usage.

   Il ne faut pas se dissimuler que parmi les brigadiers il n'y a pas mal de soiffeurs. (les galons n'ont pas d'influence bien marquée sur la soif.) J'en ai connu plus d'un (je ne parle pas de ceux de mon District car je les crois tous 5 très sobres et sérieux) et il faut bien se pénétrer que les brigadiers en question s'en paieront à tire-larigot. La quantité consommée en plus de leur part sera compensée... par de l'eau, bien entendu, alors que les poseurs dépendant de ces Bdes boiront un mélange n'ayant pas la proportion voulue et aux brigadiers en question on aura donné le moyen de se griser un peu plus facilement.

   Cette nouvelle manière aurait aussi l'inconvénient de priver assez souvent les poseurs, car il convient de dire qu'ils se servent de la gentiane presque autant chez eux que sur la ligne, et, le soir, en rentrant, s'ils ont soif et n'ont pas d'autre boisson, ils ne pourront pas aller chez le brigadier demander de la boisson gentianée.

   En résumé, je ne vois pas qu'il y ait amélioration dans cette nouvelle façon de distribuer le tafia gentiané.

19/5/(18)98 Le Chef de District.

   

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UNE AFFAIRE DE BOUTEILLES CASSEES...

" Le 17 Juin 1908, le Chef d'une Section adressait une note à un Chef de District en ces termes:

   Prière de retourner les caisses, verres vides, paillons que vous avez reçus à l'occasion de l'envoi de l'extrait de café.
   Ces objets vous ont été réclamés plusieurs fois.

A quoi le Chef de District répondit:

   Monsieur le Chef de Section,
    Le 10 et à la demande sur cahier va-et-vient, j'ai répondu que je n'avais pas de bouteilles vides. Et si le 11 je n'ai pas répondu à la nouvelle note, c'est que la forme de cette note ne comportait aucune réponse.
    En recherchant sur mes livres, je trouve que la seule et unique caisse qui m'ait été adressée remonte au 15 juin 1902. Elle contenait 15 litres essence.
   Au 1er 8 1903 il ne m'en restait plus qu'un litre seulement. Je n'en ai pas touché depuis, n'en consommant pas.
   Les paillons sont pourris, la caisse de même, et les bouteilles sont cassées, et voici comment.
    Toutes les bouteilles vides étaient déposées dans leur caisse, celle-ci qui avait été déposée en endroit frais pour la conservation de l'essence y était restée, lorsqu'un jour (ct 1904) en changeant cette caisse de place, le fond qui était pourri tout entier descendit... avec les bouteilles vides. Elles ne furent peut-être pas toutes cassées, mais il s'en échappa guère; C'était q.q. peu ahurissant. Les survivantes ont été traitées en quantité négligeable.
   Je n'en reste pas moins débiteur de la valeur de ces 15 litres (ou 30 1/2) et responsable de la casse.

   Je ne vois pas d'autre moyen de me libérer que d'en porter le montant au débit de mon compte. A la facture qui me sera présentée, je réserve le meilleur accueil. Ainsi, une fois de plus, se justifiera le proverbe, "qui casse les verres les paie..."

Le Chef de District.     18-6-1908

   

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UNE BIEN LONGUE TOURNEE...

Une tournée d'inspection effectuée par un Chef de District,
mais dont la hiérarchie conteste les longueur et durée.

Rapport du 15 Février 1922:    TOURNEES DU CHEF DE DISTRICT.
Tournée à pied.
Parti de D... à 6h1/2.    Arrivé à G... à 16H20, 28 KM.
Tournée en Wagon ou Machine. G... à D... 28 Km en machine, 16H50 / 17H58.

Le rapport suit la voie hiérarchique normale, Section et Arrondissement, mais ... l'Ingénieur d'Arrondissement pose une question: à Mr G... (le Chef de Section):
    Mr M... (le Chef de District) était-il obligé de faire une aussi longue tournée à pied ?
    Prière d'en donner les raisons. (17/2/22) Le Chef de Section transmet:
    Mr M..., prière de justifier cette longue tournée. (18/2/22)
Et le CDT (Chef de District) répond:
    Monsieur le Chef de Section,
    Je n'ai pas à justifier cette tournée plus que les autres. Je varie, je change, tout en faisant... des économies à la Cie.
    Cette tournée est impeccable au point de vue service: je suis parti à l'aube et rentré à la nuit; j'ai fait du 3K à l'heure et à la Cie l'économie d'un repas en ne faisant de 2 tournées q'1. (écrit tel que)
    Quoi de mieux ! (19/2/22)
Le Chef de Section transmet à la hiérarchie:
    Monsieur l'Ingénieur, vous voudrez bien apprécier la réponse de Mr M... mais j'estime qu'une tournée de 28 Km c'est beaucoup trop pour que le service de surveillance et de vérification soit fait convenablement. (21/2/22)
Un inspecteur annote au passage:
    Monsieur l'Ingénieur, la tournée a bien été faite à une allure convenable, mais une tournée de 28Km ne se fait pas sans fatigue excessive qui ne permet pas de faire une tournée réellement profitable.
    Mr M... a raison de varier ses tournées; il pourrait aussi varier le ton de ses réponses. (22/2/22)
La réponse de l'Ingénieur ne tarde pas:
    Mr G... (le Chef de Section),
    Je ne suis pas du tout de l'avis de Mr M... (le Chef de District) et trouve sa réponse pour le moins cavalière et frisant l'incorrection.
    L'affaire ne tardera sans doute pas à être solutionnée. (25/2/22)

ooOO°°OOoo
L'archivage a du subir des avatars, car la suite n'a pas été retrouvée.
ooOO°°OOoo

   Pour les non initiés, la tournée à pied a pour objectif l'inspection visuelle de tous les composants de la voie et abords, c'est à dire rails, traverses, attaches, ballastage, état des fossés, des murs de soutènement ou autres ouvrages d'art, service aux passages à niveau, documents, agrès etc.
   J'ignore quelle était la fréquence prescrite en 1922, à l'époque des faits rapportés.
    Mais quand j'ai personnellement été responsable de District, j'étais tenu de parcourir durant le mois l'ensemble du District, à pied, avec également une tournée mensuelle soit en cabine de conduite de locomotive, soit en voiture de queue de train.
   A ces tournées du Chef de District s'ajoutaient d'autres tournées à plus grande fréquence et plus détaillées, faites par les Chefs ou Agents de la Brigade.

     

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PAGE CREEE le: 30/09/1999.

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